Votation sur la Suisse à 10 millions : ce que le principe de familiarité révèle du comportement de vote
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Autrice : Marianne Affolter
Le débat après la votation sur la Suisse à 10 millions
Immédiatement après la publication du résultat de la votation sur la Suisse à 10 millions (initiative populaire fédérale « Pas de Suisse à 10 millions\!»), les médias et les feeds ont vu se multiplier les articles étonnés sur le fait que l’initiative pour la « Suisse à 10 millions » a été rejetée le plus fortement là où l’immigration est la plus importante, et qu’elle a trouvé le plus de soutien là où les arguments avancés en sa faveur \- comme le stress de la densité, la pénurie de logements, la criminalité \- sont le moins démontrables.
Le fait que les médias reprennent cet aspect \- et, dans le meilleur des cas, le contextualisent \- est réjouissant.
Le principe de familiarité est-il si méconnu dans les médias et les NPO ?
Mais ce qui manquait, c’était une indication centrale : le fait que les images de l’autre et les scénarios anxiogènes fonctionnent le mieux là où il y a le moins de contact et donc de familiarité est un principe bien connu des sciences sociales (principe de familiarité, aussi appelé effet d’exposition ou effet de simple exposition). C’est précisément ce dont les acteurs de telles causes se servent souvent (constructions d’altérité par distance sociale).
Ce que nous pouvons apprendre de la votation
À l’inverse, cela signifie aussi que celles et ceux qui s’engagent pour le vivre-ensemble, les droits humains pour toutes et tous, une économie forte, un État social qui fonctionne et une politique migratoire humaine et compréhensible peuvent \- et devraient\! \- se servir eux aussi de ce principe. Nous sommes toutes et tous concernés ici demandé, autorités et acteurs de la société civile, à concevoir des projets et des campagnes correspondants. Au moyen d’information, de campagnes de sensibilisation, de projets éducatifs et d’activités au niveau national comme local dans les communes \- et cela pas seulement lorsqu’une initiative de droite se profile à nouveau.
Le principe de familiarité : nécessité d’agir pour la politique et la société \- et cela maintenant, pas seulement avant la prochaine votation Les rapports actuels sont donc, malgré la grande joie qu’ils suscitent et malgré la décision, quelque peu alarmants : ce principe est si peu connu qu’il est traité à la fois comme une nouveauté et qu’en plus, on agit encore trop peu de manière préventive en conséquence.
Le principe de familiarité est, entre autres, l’un des facteurs de succès de notre pays à petite échelle. Il convient de le traiter avec soin et de l’entretenir. Pas seulement en ce qui concerne nos systèmes économiques et politiques \- ici, on y veille assez bien, même si bien sûr rien n’est automatique \-, mais aussi sur le plan social.
Profil des auteur·e·s Marianne Affolter est sociologue, experte en communication et en politique ainsi que co-directrice du Kampagnenforums. Depuis plus de 20 ans, elle analyse et accompagne les évolutions politiques, sociales et communicationnelles à l’interface de la stratégie, du campaigning, des affaires publiques et du développement organisationnel.
FAQ : Pourquoi un bon campaigning profite-t-il des preuves issues des sciences sociales ?
Pourquoi les connaissances en sciences sociales sont-elles importantes pour les campagnes politiques ?
Les attitudes politiques se forment rarement par hasard. Les sciences sociales, la psychologie et les sciences de la communication étudient depuis des décennies les facteurs qui influencent la formation de l’opinion, la confiance ou la polarisation. Quiconque planifie des campagnes peut s’appuyer sur ce savoir, au lieu de se fonder exclusivement sur l’expérience ou l’intuition.
Un bon message suffit-il pour convaincre les gens ?
Non. La recherche montre que les décisions politiques ne sont pas prises uniquement sur la base de faits. Les expériences personnelles, la confiance, les relations sociales, les valeurs et les émotions influencent la manière dont les messages sont reçus. Les campagnes réussies tiennent donc compte à la fois des contenus et du contexte social.
Pourquoi la prévention vaut-elle mieux que des campagnes de votation à court terme ?
De nombreuses attitudes se développent au fil des années. Le travail éducatif, les formats de dialogue et les rencontres ont donc souvent un effet plus durable que des mesures qui ne commencent que quelques semaines avant une votation. Les campagnes peuvent renforcer des opinions existantes ou mobiliser, mais elles ne les modifient souvent que de manière limitée.
Quel rôle joue le campaigning fondé sur des preuves ?
Le campaigning fondé sur des preuves signifie appuyer les campagnes sur des connaissances scientifiques et des données. Cela comprend par exemple des enseignements issus de la psychologie sociale, de la recherche comportementale, des sciences politiques ou des sciences de la communication. Cela permet de mieux comprendre les groupes cibles et de développer des mesures plus ciblées.
Pourquoi les résultats des votations diffèrent-ils souvent des attentes publiques ?
Le comportement de vote est influencé par de nombreux facteurs. Outre le débat politique actuel, les expériences régionales, les réseaux sociaux, la confiance dans les institutions, l’usage des médias et les évolutions sociales à long terme jouent un rôle. Des résultats isolés s’expliquent donc rarement par une seule cause.
Quelle importance les sciences sociales ont-elles pour les autorités, les ONG et les entreprises ?
Les organisations qui souhaitent impulser des changements sociaux ou créer de l’acceptation bénéficient du fait d’intégrer tôt les connaissances scientifiques dans leur communication et leurs campagnes. Cela vaut aussi bien pour les campagnes politiques que pour le travail de prévention, la sensibilisation ou les processus de changement.
Pourquoi la communication à long terme est-elle souvent plus efficace qu’une mobilisation à court terme ?
La confiance, la crédibilité et l’acceptation sociale se construisent de manière continue. C’est pourquoi les organisations qui réussissent n’investissent pas seulement dans des campagnes avant des votations ou des élections, mais aussi dans la communication à long terme, le dialogue et l’entretien des relations.