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Pour information

Kuno Roth
Kuno Roth
Chroniqueur

Les ONG recueillent des informations, les préparent et les diffusent. Elles espèrent qu’avec ce type de sensibilisation, une conscience se forme chez «le plus grand nombre possible» de personnes, qui conduira à un comportement plus social et respectueux de l’environnement.

Pour information

Crédulité et résistance face à l’information en un seul

Les ONG consacrent une grande partie de leurs forces à recueillir, préparer et diffuser des informations. Elles espèrent qu’avec ce type de sensibilisation, une conscience se forme chez «le plus grand nombre possible» de personnes, qui conduira à son tour à un comportement plus social et respectueux de l’environnement.

Rien n’indique que cela fonctionne comme prévu – en particulier, le fait de toucher le plus grand nombre possible se limite au cercle des personnes déjà convaincues, on se limite de facto à sa propre bulle et on communique entre semblables. En dehors de cette bulle, il faut partir d’un effet nul, voire d’un effet contraire. C’est ainsi que le deuxième tube du Gothard a été accepté par le peuple, bien qu’on informe depuis 40 ans sur le fléau des gaz d’échappement et de la bétonisation. Et le plastique n’est pas moins utilisé à cause des informations – pendant des années, on a informé sur la problématique du plastique sans effets « hors bulle ». Un effet perceptible n’est apparu que lorsqu’une taxe a par exemple été perçue sur les sacs plastiques et qu’ils n’étaient plus simplement mis gratuitement à disposition (plus à ce sujet “Réorienter”).

Un phénomène particulièrement remarquable dans ce contexte est que, chez une seule et même personne, peuvent coexister la foi dans l’information et l’immunité à l’information. C’est par exemple le cas de mon amie K. et de moi. Depuis des années, j’essaie de la détourner de Coca-Cola en lui fournissant des informations ciblées. Mais ni le caractère nocif avéré de cette boisson ni le fait que Coca-Cola piétine les droits syndicaux en Bolivie ne l’impressionnent. Dans le cas du cola, elle résiste à l’information.

On le sait certes, mais ...

En revanche, elle croit elle-même dur comme fer que l’information peut provoquer des changements de comportement. Comme l’une des rares personnes qui survivent sans smartphone, elle tire à gros calibre informatif contre cette invention. Elle en sait beaucoup. Par exemple que la production des smartphones engloutit d’énormes quantités d’énergie, de matières premières et d’eau, et que leur usage favoriserait les tumeurs et l’isolement. Elle m’informe avec ténacité et veut me faire renoncer, pour mon bien, à mon usage intensif du téléphone portable (*).

Elle n’a sans doute pas tout à fait tort. Pourtant, elle ne parvient pas à me convaincre. En tout cas, mon comportement reste inchangé – et je continue à acheter un nouveau téléphone chaque année. Un de plus ou de moins, cela ne change rien. En plus, pour l’histoire de la tumeur, rien n’est sûr, et nous mourons tous un jour de quelque chose. Si les smartphones étaient vraiment graves, ils seraient interdits. Et pourquoi serais-je précisément celui qui commencerait à renoncer, alors que c’est tellement pratique ?

Bref : malgré des expériences personnelles contraires, mon amie K. continue courageusement à croire qu’à force, la goutte d’information finira par creuser la pierre de ma résistance. Même si une telle sensibilisation ne mène manifestement souvent qu’à plus de détachement et multiplie la variété des excuses. C’est bien l’être qui détermine la conscience : et comme j’ai organisé mon existence avec un smartphone, la porte correspondante de la conscience est fermée.

Mais cela ne signifie pas pour autant que les informations n’aient jamais d’effet. Elles sont au moins reçues ou acceptées dans les cas suivants :

  1. Les personnes convaincues aiment voir leurs convictions confirmées (effet de bulle, par ex. dans les groupes Facebook)
  2. Les personnes intéressées par un sujet aiment accroître leurs connaissances et accueillent volontiers les informations.
  3. Les personnes publiques comme les directrices ou les syndics prêtent attention aux nouvelles qui concernent leur entreprise ou leur commune, parce qu’elles pensent être constamment observées.
  4. Si l’on peut écarter un danger grâce à des informations, comme par ex. avec le Corona-Virus, on les applique.
  5. Les informations qui confirment une intention déjà présente de passer à l’action peuvent avoir un effet déclencheur.
  6. Lorsqu’on veut faire fonctionner quelque chose, un appareil ou une randonnée par ex., on lit les modes d’emploi ou les indications d’itinéraire.

Quoi qu’il en soit, entre-temps j’épargne à mon amie des informations comme le fait que Coca-Cola assèche des puits en Inde, parce qu’un litre de cola nécessite neuf litres d’eau potable. Je suis manifestement le mauvais messager pour la libérer de son vice. Je peux encore espérer qu’un jour une personne qu’elle n’aime pas fasse de la publicité pour Coca-Cola. Elle renoncerait alors probablement à ce breuvage par esprit de contradiction. Ce serait un effet semblable à celui par lequel George W. Bush a réactivé le mouvement pour la paix avec la guerre en Irak, ou Donald Trump a stimulé le mouvement climatique.

Pourtant, de grandes parts des ressources des ONG continuent d’être consacrées à l’obtention, au traitement et à la diffusion d’informations. Certes, pour les personnes déjà convaincues, de telles informations agissent comme confirmation et comme incitation au don. Certes, les investigations et la recherche sont importantes pour rappeler de manière fondée aux décideurs leurs responsabilités. Certes, il faut des connaissances pour étayer sa propre stratégie. Mais en dehors de la bulle, les informations n’ont guère d’effet. Parce que pour s’adresser aux gens, il faut plutôt un échauffement qu’un éclaircissement.

C’est juste pour information.

PS : Cela pose bien sûr la question : quoi d’autre, alors ? Ce que peut signifier “plus d’échauffement et moins d’éclaircissement” se trouve ici. Message central à en tirer : il ne suffit pas de s’adresser aux gens de manière purement cognitive avec des chiffres et des informations ; les émotions (pas les affects) sont plus importantes. Car : que font les gens avec les informations ? Faire un don, d’accord. Et sinon ? Tout le monde ne s’intéresse pas aux aspects techniques ou scientifiques des problèmes environnementaux.

En outre, et comme on le sait en fait depuis longtemps : le storytelling ! De nouveaux récits, raconter des histoires qui fassent sentir qu’une autre vie, une bonne vie différente d’une vie consumériste, fonctionne. Ce serait particulièrement important après le Covid. Mais pas des histoires dont on soupçonne tout de suite, ah, voilà qu’on nous raconte encore une story : on perçoit l’intention et cela indispose.
Un concept global d’un autre type de campaigning, qui repose sur l’imagination “Et si”, est proposé par le mouvement Transition-Town avec le “Sundial”. Davantage à ce sujet dans une prochaine chronique.

* le « je » dans cette chronique est un je fictif, inspiré de la vie réelle

Notre auteur
Travaille comme responsable du programme mondial de mentorat chez Greenpeace International. Auparavant, il a été pendant 25 ans responsable de la formation chez Greenpeace Suisse.
Né en 57, Dr rer. nat., ancien chimiste, il travaille désormais comme écologue humain, spécialiste de l’apprentissage ainsi qu’écrivain. Outre des chroniques, il écrit surtout des poèmes et des aphorismes. Ses dernières publications sont «Im Rosten viel Neues» (poèmes, 2016) ainsi que «Aussicht von der Einsicht» (aphorismes, 2018). Son livre le plus récent ‹KL!MA VISTA – Die Schneefallgrenze steigt› Poèmes et aphorismes est paru le 23.10.2020 dans Pro Lyrica paru.
Kuno Roth
PPS:
Le vernissage bernois du recueil de poèmes KL!MA VISTA de notre chroniqueur Kuno Roth aura lieu le Jeudi 2 décembre 2021, à 19 h 30, à la librairie LibRomania, rue de la Länggass 12, 3012 Berne - une lecture accompagnée de musique de guitare par Roger Schütz. En raison du coronavirus, le nombre de places est limité et une réservation est obligatoire.
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Autre lecture de Kl!ma-Vista : vendredi 3 décembre, 20 h, au Paradiesli Sigriswil.
Kuno Roth «KL!MA VISTA»
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