Disposability et les places de grillade propres
Une promenade avec le chien le lundi matin au Greifensee me fait régulièrement douter de l’humanité.
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Autrice : Meret Schneider
Politicienne, autrice, conférencière et ancienne co-directrice d’une organisation à but non lucratif. Vers l’autrice →
Une promenade avec le chien le lundi matin au Greifensee me fait régulièrement douter de l’humanité. Ce n’est pas seulement parce que je peux à peine détacher ma chienne, puisqu’on trouve des restes de nourriture dans chaque buisson, qu’elle repère bien sûr avec précision, mais aussi et surtout à cause des montagnes de déchets. Des grills jetables, des assiettes en plastique, des emballages de viande, des tongs et tout ce qui n’a pas été complètement mangé s’entassent non seulement à côté des poubelles spacieuses, mais sont aussi éparpillés bien au-delà de la plage de gravier et des petites clairières.
Je croise souvent l’homme aimable mais frustré dans le véhicule orange, qui débarrasse tous les emplacements de grillade de leurs déchets et veille à ce que, dès le lundi midi, le lac et l’embarcadère aient de nouveau l’air intacts, comme si rien ne s’était passé, et que les traces des frasques du week-end et des grillades familiales ne soient plus visibles.
Ça empire, me confirme chaque fois l’homme, validant mon impression, et il s’agace à juste titre du manque d’égards et de la nonchalance des baigneurs et des pique-niqueurs, qui agissent selon le principe “Après moi le déluge” ou plutôt “Après moi le chariot de nettoyage orange” et laissent sur place ce dont ils n’ont plus besoin.
Je m’agace avec lui, je confirme qu’à mon époque ce n’était quand même pas vraiment comme ça, que nous ramenions chaque fois nos déchets à la maison, et il ajoute une anecdote de son enfance où l’on réutilisait même encore les assiettes et les couverts en plastique. C’est notre rituel du lundi, je le remercie chaque fois pour son travail, il s’agace un peu et puis nous reprenons chacun notre chemin.
Mais la manière dont beaucoup de gens se comportent, et pas seulement au Greifensee, me préoccupe bien au-delà du “à mon époque c’était différent”. On fait la fête, des grillades, on se baigne et, manifestement, on apprécie énormément la zone de détente de proximité du Greifensee comme destination d’excursion.
Les pensées vont jusqu’à la fin de la soirée
Ce qui est intéressant, c’est que les pensées ne vont que jusqu’à la fin de la soirée ou de l’après-midi : ce qui arrive à l’endroit quand on le laisse aussi jonché de déchets ne semble plus faire partie de la perception consciente, on dirait qu’on n’y consacre aucune pensée. L’attention se focalise toujours sur ce qui est directement proche et immédiat, maintenant pique-niquer, ensuite se baigner, puis rentrer en voiture à la maison, et pourvu que le Coop soit encore ouvert pour acheter du pain pour le soir.
J’observe cette attention séquencée non seulement au bord du lac, mais aussi dans le train ou dans les gares, où l’on procède exactement de la même manière : on laisse les déchets là où l’on se trouve ou s’assoit, en sachant qu’une équipe de nettoyage passera sûrement derrière pour ranger \- ce qui est effectivement le cas.
Saladiers jetables, gobelets jetables, couverts jetables, grills jetables et même des chaussures de bain jetables (Pourquoi ?) \- Tout est disposable. Et c’est là que le double sens de Disposability est pertinent : disposable signifie, on le sait, non seulement jetable, mais aussi disponible. Et c’est précisément là que réside selon moi le problème : tout est jetable et tout est disponible en permanence, et parce que c’est toujours disponible, on peut aussi le jeter sans scrupule \- c’est pour cela que cela a été conçu.
Société du jetable, rangée chaque lundi
Avec un certain pessimisme culturel, on pourrait constater que nous vivons dans une société du jetable et que cette disponibilité omniprésente s’est depuis longtemps étendue non seulement à notre vie professionnelle, mais aussi à nos comportements de loisirs. Nous nous sommes habitués à avoir constamment tout à disposition, ce qui lui fait perdre de sa valeur et rend le fait de jeter plus facile. Mais nous n’agissons pas ainsi seulement avec les choses matérielles, mais manifestement aussi avec des biens immatériels comme une zone de détente de proximité, et nous créons même nous-mêmes cette disponibilité permanente.
Quelques heures après le désastre des déchets, la place au bord du lac retrouve son éclat d’antan et est nickel, prête pour les prochains pique-niqueurs insouciants. Disponible en tout temps, la nature propre et intacte perd ainsi autant de sa valeur que l’assiette en plastique jetée négligemment après avoir rempli sa fonction.
Quiconque découvre une place de grillade jonchée de déchets la poste, indigné, sur Facebook dans les groupes concernés (si, Facebook est vivant, précisément dans ces groupes\!) et lance des reproches \- non pas aux individus, mais à la ville d’Uster, parce qu’elle ne range pas. L’attente est celle d’une disponibilité permanente et, quand celle-ci ne se réalise pas, l’indignation est grande.
Et si plus personne ne rangeait ?
Il serait peut-être intéressant d’envoyer en vacances pendant quelques semaines le gentil monsieur dans la voiture orange et d’observer l’évolution au bord du lac. Car au plus tard quand, le week-end suivant, plus aucun emplacement de grillade ne sera utilisable à cause de tous ces déchets, l’un ou l’autre se fera ses réflexions. Nous prenons soin de ce que nous aimons et de ce qui a de la valeur pour nous. Ce qui est disponible en tout temps et jetable en est le contraire.
Peut-être devons-nous apprendre que la disposability vaut pour beaucoup de choses, mais guère pour les zones de protection de la nature et les écosystèmes, et c’est peut-être une bonne chose. Peut-être devons-nous aussi apprendre à la dure que l’assiette en plastique n’a peut-être aucune valeur pour nous, mais que le fait de la jeter peut nous coûter cher, ce qui m’amène à une revendication politique : des amendes plus élevées pour le littering.
Bien que je considère par ailleurs l’argumentation « des peines plus sévères dissuadent davantage » comme peu valable, je pense que, dans le domaine du littering, de fortes amendes auraient un effet dissuasif. Ne pas jeter acquiert ainsi la valeur du montant d’argent potentiellement économisé et, si celui-ci est assez élevé, l’élimination correcte acquiert ainsi sa valeur. À côté des mesures politiques, la sensibilisation sous forme de Clean Up Walks est bien sûr aussi extrêmement importante \- à cet endroit, un très grand merci à IGSU\!