L’effet Greta

Dans sa toute dernière chronique, Kuno Roht se penche sur le thème de l’impuissance et du climat.
Une réflexion sur le climat et l’impuissance
Greta Thunberg, 16 ans, a suscité beaucoup d’espoir parmi les défenseuses et défenseurs du climat. Sa grève scolaire d’abord solitaire s’est transformée en mouvement de protestation. Des dizaines de milliers d’élèves dans le monde entier font comme elle et se mettent en grève pour la protection du climat. Cela donne de l’espoir. L’espoir que les jeunes parviennent enfin, par leurs protestations, à obtenir ce que nous essayons de faire impuissants depuis trois décennies.
Quand je suis devenu actif pour l’environnement il y a plus de trente ans, j’étais indigné par la pollution croissante de l’air. Une mort des forêts semblait menacer. La protestation était mon exutoire, l’impuissance le sentiment qui se cachait derrière. Je me sentais comme une allumette qui rêve d’un incendie généralisé et qui pourtant ne parvient qu’à produire un feu de paille. C’est alors que j’ai rejoint Greenpeace : se rassembler est un moyen éprouvé contre l’impuissance. Parfois, en tout cas.
Notre première action pour la protection du climat a eu lieu en 1992. Elle a été suivie par l’exposition visionnaire sur le climat «Das blaue Wunder», avec laquelle nous avons fait une tournée en Suisse en 1994/95 et que, entre autres, dix mille élèves ont également vue. Nous voulions montrer la beauté de la planète, pourquoi elle est menacée par le réchauffement climatique, avec le message : «Demain, elle sera détruite si tu ne fais rien». C’était notre approche de pédagogie de la catastrophe, pour susciter une action à petite échelle : moins utiliser la voiture, moins chauffer, etc. Mais après l’exposition, les élèves restaient soit désemparés, soit impuissants. Ce n’était pas le but. Et c’est ainsi qu’est né le JugendSolarProjekt, qui a installé des installations solaires avec des jeunes pendant 20 ans et les a ainsi rendus capables d’agir. En juillet 2018, il a été arrêté.
Retour à la pédagogie de la catastrophe : derrière le fait que ce qui est voulu ne se produit pas se cache le dilemme des biens communs. En bref, il s’agit du principe «Pourquoi faudrait-il justement que ce soit moi qui commence et pas les autres ?». Et parce que (presque) tous les autres pensent la même chose, rien de perceptible n’est fait, et c’est pourquoi les biens publics sont surexploités. Autrefois, les communaux en étaient un exemple.
S’il n’y avait pas d’accord sur les droits d’usage, chaque berger faisait paître ses moutons plus longtemps que la part à laquelle il avait réellement droit, et le bien commun ne pouvait pas se régénérer. Dans le cas du climat, c’est aujourd’hui l’atmosphère qui est trop polluée. Parce que ce sont bien les USA ou la Chine ou l’Inde ou les producteurs de viande ou les défricheurs de forêt vierge qui devraient commencer. En tout cas les autres. Certes, il y aurait avec l’Accord de Paris sur le climat un accord, mais jusqu’à présent il est resté lettre morte : que les autres commencent donc. Impuissants.
Comment surmonter le dilemme des biens communs ? Faire concrètement ensemble. À tous les niveaux : politique, école, commune, quartier, ménage. Ramener la protestation sur le terrain. La protestation est le cheval, le mouvement la charrue. Acclamer Greta & Co ne suffit pas. Il faut des millions de Gretas. Sois toi aussi Greta. Sois le cheval, mais aussi la charrue, p. ex. dans ton école ou avec Greenpeace. Ce serait l’effet Greta.
Notre auteur
Kuno Roth travaille au niveau international comme responsable du système mondial de mentorat chez Greenpeace. Né en 57, Dr. rer. nat., ancien chimiste, il est désormais écologue humain, pédagogue de l’environnement et aussi écrivain.
Kuno Roth
Vous trouverez plus de chroniques sur le thème de l’impuissance et du climat dans le Greenpeacemagazin, à savoir de la part de Inga Laas, par Danielle Müller et par Markus Waldvogel.