Aller au contenu

Sudoku Syndrom montre la voie

Kuno Roth
Kuno Roth
Chroniqueur

Kuno Roth montre, à partir de la manière de résoudre un sudoku, comment on aborde des problèmes apparemment impossibles à surmonter.

Sudoku Syndrom montre la voie

On le fait partout : dans le train, dans la cuisine, au bar, au lit. L’inclination et l’envie de résoudre des sudokus et des mots croisés sont indéniables. Mais pourquoi ce passe-temps est-il pratiqué à une telle échelle ? La promesse qu’un tel entraînement cérébral aiderait à prévenir Alzheimer ? Ce serait un peu maigre.

Ne serait-ce pas plutôt parce que les gens aiment se consacrer à des problèmes qui représentent un certain défi, mais qui ont de fortes chances d’être résolus et qui, dans le cas contraire, n’entraînent aucune conséquence négative. Et si l’on ne peut justement pas résoudre les problèmes du quotidien et du monde, le sudoku devient une expérience de réussite apaisante. Cela donne le bon sentiment de terminer la journée avec un problème résolu plutôt qu’avec un problème non résolu. On dort mieux ainsi.

Ce que nous appellerons le « syndrome du sudoku » produit donc l’hypothèse selon laquelle l’immense majorité des gens préfèrent se consacrer à des problèmes surmontables plutôt qu’à des problèmes insurmontables (même si ceux-ci seraient plus importants). Par conséquent, on laisse ces derniers de côté ou on laisse à d’autres le soin de les résoudre.

On peut cependant maintenant se poser la question de savoir si, pour résoudre un tel problème laissé de côté, on ne pourrait pas faire ce qui suit, en s’inspirant de ce syndrome du sudoku : le problème est réduit à une cascade de sous-problèmes, de sorte que le premier paraisse encore un peu exigeant, mais surmontable. Selon la nature de la difficulté, on pourrait pour cela emprunter l’une des trois voies esquissées ci-dessous, pour ainsi dire « sudokuiser » un problème :

Ainsi, l’appartement se nettoie tout seul

Premièrement, pour les problèmes dont on fait soi-même partie : mettre réellement en œuvre un petit changement partiel, et donc faisable, dans la direction du grand changement souhaité. Une fois un élément de solution accompli, on devient partie de la solution et on reste motivé à continuer pas à pas. Illustré par l’exemple du problème « Mon appartement n’est pas nettoyé », cela pourrait vouloir dire : au lieu d’échouer sans cesse face au grand problème « nettoyer tout l’appartement », convenir avec soi-même de ne nettoyer que cinq minutes par jour pendant les trois prochains mois. Pas plus, mais vraiment le faire.

Ensuite, le problème n’en est plus un, parce qu’on a réussi le changement sans perte de temps ressentie et qu’on se sent mieux dans l’appartement. On s’y est habitué, « ça » n’est pas si grave (et peut-être qu’on nettoiera désormais parfois un peu plus longtemps ☺). Cette méthode est connue sous le nom de « 5-Minutes-Therapy ».

Deuxièmement : au lieu d’analyser d’abord un problème dans toute sa profondeur ou même de s’y vautrer (comme il est tentant de gratter une démangeaison de la peau, bien qu’il ne le faille pas), laisser le problème être un problème et chercher ensemble, avec des personnes partageant les mêmes idées, des possibilités et des étapes de solution. Et si l’on reconnaît que la (partie de) solution est atteignable, on est rempli du sentiment du sudoku : « Ah, c’est faisable ! » et on fait un pas de plus. Nota bene : en psychothérapie, cette voie correspondrait à peu près au fait de renoncer dans un premier temps à une psychanalyse et d’exercer, avec une thérapie comportementale, des façons d’agir qui atténuent le problème).

Les solutions partielles sont la clé

Troisièmement, la voie pour les problèmes trop grands pour être simplement résolus, comme les problèmes environnementaux mondiaux, pourrait être la suivante : au lieu de les refouler, faire avec un groupe un petit pas vers la solution et réaliser un projet qui montre le grand dans le petit et rend ainsi l’ensemble de la solution tangible.

Le projet inspire ainsi des imitateurs et imitatrices, ce qui motive son propre groupe à persévérer. Cette voie dit qu’une grande solution est la somme de dizaines de milliers de petites solutions. Ces petites solutions partielles doivent toutefois être, en elles-mêmes, assez grandes pour ne pas paraître insignifiantes, mais pour inspirer et représenter un certain défi, comme le sudoku. Cela signifie par exemple qu’il ne s’agit pas seulement de l’installation solaire sur son propre toit, mais d’un quartier solaire.

On pourrait objecter que toute solution n’est à nouveau que la cause d’un nouveau problème. Ce qui est souvent vrai pour les solutions techniques ne l’est en revanche pas pour ces voies-ci. Car il s’agit d’approches sociales gagnant-gagnant qui réduisent durablement les problèmes, parce que l’individu n’agit plus de manière isolée (ou plutôt ne reste plus sans agir).


Référence bibliographique : «SWITCH – Oser le changement et y gagner», Chip und Dan Heath, 2011, Fischer Verlage.

Notre auteur
a travaillé en dernier lieu comme responsable du programme mondial de mentorat et de coaching chez Greenpeace International. Auparavant, il a été pendant 25 ans responsable de la formation chez Greenpeace Schweiz. Récemment retraité, il continue d’exercer comme conseiller et assume en outre la co-présidence de Solafrica.
Né en 57, Dr rer. nat., ancien chimiste, désormais écologue humain, spécialiste de l’apprentissage ainsi qu’écrivain. À côté de Chroniques il écrit surtout des poèmes et des aphorismes. Ses dernières publications sont « Im Rosten viel Neues » (poèmes, 2016), « Aussicht von der Einsicht » (aphorismes, 2018) ainsi que ‹KL!MA VISTA – La limite des chutes de neige monte› (2e éd. 2022, chez Pro Lyrica).
Kuno Roth
Sudoku Syndrom montre la voie