Désapprendre – simple, mais pas facile
Il est bien connu que la plupart des gens apprennent mieux par le «learning by doing» et par «l'essai et l'erreur». Le proverbe «C'est en forgeant qu'on devient forgeron» touche au cœur de l'acquisition de compétences et d'habitudes, tant bonnes que mauvaises. C'est pourquoi.

Il est bien connu que la plupart des gens apprennent mieux par la pratique («learning by doing») et par «essais et erreurs». Le proverbe «C'est en forgeant qu'on devient forgeron» touche au cœur de l'acquisition de compétences et d'habitudes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.
De nombreuses habitudes sont utiles et, sous forme de routines, parfois même nécessaires pour gérer le quotidien. Cependant, certaines habitudes peuvent s'avérer mauvaises, par exemple parce qu'elles nuisent à la santé. Et il y en a qui, lorsqu'elles sont adoptées massivement, nuisent à l'environnement. La protection de l'environnement, qui vise à réduire les dommages causés par les comportements habituels, signifie donc en principe désapprendre les comportements adoptés,c'est-à-dire les abandonner ou en pratiquer de nouvelles, respectueuses de l'environnement : un «désapprentissage par la pratique d'une nouvelle habitude», en quelque sorte. Un tel désapprentissage ou réapprentissage est certes peu spectaculaire et nécessaire pour un «vrai changement», mais presque impossible à réaliser. Car : «Les vieilles habitudes ont la vie dure», comme on dit si bien. Que l'«apprentissage du changement de comportement» puisse néanmoins fonctionner, c'est ce que montrent Dan et Chip Heath dans leur livre «SWITCH» (1). Ils ont examiné cinquante cas de changements réels dans vingt pays et en ont déduit un modèle en trois éléments qui sous-tend de tels processus de réapprentissage :
- Le Cavalier(le moi analytique, la cognition) : Il ou elle a besoin de directives et a un objectif.
- L'Éléphant (le bagage biographique) : La propre inertie empêche le changement. À moins que l'on puisse faire croire à l'éléphant intérieur que le premier bout de chemin est un jeu d'enfant à parcourir. Une fois qu'il s'engage sur la nouvelle voie, il ne s'en écarte plus aussi facilement.
- Le Chemin(le chemin vers l'objectif) : Parce que chaque changement d'habitude doit surmonter beaucoup d'inertie, le chemin vers l'objectif doit être divisé en petites étapes, de sorte que surtout la première partie du chemin semble gérable.
Conclusion: Une solution proposée doit certes être logique pour le Cavalier, mais surtout apparaître à l'Éléphant comme «faisable intuitivement». Le changement commence donc plutôt par un sentiment, qu'avec une collecte cognitive de faits.
Illustré par l'exemple simple «Vouloir ranger son appartement (et ne jamais y arriver)», le modèle se présente ainsi : L'objectif est évident, car il correspond à son propre besoin. La question se pose donc de savoir comment mettre en mouvement son «éléphant anti-ménage» : Décomposer le chemin perçu comme long en étapes réalisables. Pour cela, on décide par exemple de ranger cinq minutes chaque jour. Pas plus ! Cette quantité négligeablefait croire à l'éléphant qu'il peut y arriver – et il le fait. Et avec le temps, il se réjouit de se rapprocher de l'objectif. La dose peut ensuite être augmentée si nécessaire. Cette méthode est connue sous le nom de «Thérapie des 5 minutes» et peut être transféré à d'autres domaines (et pour une «nouvelle routine d'habitude», voir l'encadré).
Deuxième exemple : Un travailleur humanitaire britannique a été chargé par le ministère des Affaires étrangères vietnamien de lutter contre la malnutrition infantile généralisée. On lui a dit qu'il avait six mois «pour faire la différence».
Il s'est rendu dans un village où son organisation était active, s'est adressé aux mères et leur a demandé s'il y avait des enfants en bonne santé dans leur village ou si tous étaient malades. Il y avait en effet quelques enfants en bonne santé. Sa stratégie n'était pas la «d'analyser le problème et de le résoudre», mais plutôt d'examiner de plus près les points lumineux dans l'obscurité – «the bright spots». Il s'est donc demandé ce que les familles avec des enfants en bonne santé faisaient différemment de celles avec des enfants malades. Il a découvert que ces enfants mangeaient quatre fois par jour au lieu de deux, la même quantité mais en portions plus petites et tolérables. De plus, ils ajoutaient au riz des crevettes riches en protéines et en vitamines, ainsi que des feuilles de patate douce. Au lieu d'organiser un cours où un expert tenterait d'apprendre aux non-initiés à cuisiner correctement, il a engagé des «mères points lumineux» qui ont cuisiné avec les mères d'enfants malades et leur ont montré comment faire. Ainsi, avec l'idée «ce que mes pairs peuvent faire, je peux le faire aussi», un premier pas réalisable a été montré à ces mères, ouvrant la voie au changement de comportement. Six mois après la première visite du travailleur humanitaire, 65% des enfants malades du village étaient mieux nourris (voir l'histoire complète «Cherchez le point lumineux et copiez-le»).
Un troisième exemple tiré du livre «Switch» : Une chercheuse a étudié comment les dompteurs parviennent à faire apprendre aux singes la capacité de «faire du skateboard», une capacité qu'ils n'ont pas naturellement. Résultat : Grâce à une stratégie de récompense cohérente, c'est-à-dire que chaque pas dans la bonne direction était récompensé par une mangue, et les mauvaises actions étaient simplement ignorées. La chercheuse a testé cette découverte sur son mari : Au lieu de le critiquer et de le sermonner pour sa mauvaise gestion des chaussettes, elle ne l'a loué que pour chaque signe de bon comportement. Après peu de temps, la lutte de plusieurs années était terminée. L'homme a maîtrisé ses chaussettes.
Malgré toute la prudence nécessaire pour tirer des conclusions du comportement animal sur l'être humain, le coaching et le leadership modernes vont précisément dans cette direction : Promotion des ressources plutôt qu'orientation vers les problèmes. Ainsi, au lieu de réprimander les subordonnés ou les collègues en cas de mauvais comportement, il s'agit de les «prendre en flagrant délit» de bonnes actions et de les encourager.
PS : Il existe d'ailleurs un modèle similaire pour l'«apprentissage du changement de comportement», développé par le psychologue Matthias Hammer. Il l'appelle MICRO-Habitudes (2), qui se compose de cinq étapes : Mémoriser – Intention trouver – Complications gérer – Routine à établir – Sans reproche. Les deux premières étapes correspondent au « Cavalier », la troisième permet de reconnaître le Chemin et la quatrième est similaire à l'Éléphant. Être un bon coach pour soi-même sans reproche permet aussi une rechute. Hammer estime qu'avec ces cinq étapes, chacun·e peut transformer un comportement nuisible en positif et ainsi le désapprendre.
Démarrage du travail en deux minutes en période de pandémie & Co
Comment apporter un peu d'optimisme dans la journée de travail ? Voici un exercice de deux minutes qui peut être fait chaque matin avant de commencer le travail.
Formulez une réponse à chacune des trois phrases, sur papier ou dans votre tête :
- Aujourd'hui, je vais me concentrer sur _____.
- Aujourd'hui, je suis reconnaissant·e pour _____.
- Aujourd'hui, je vais lâcher prise sur _____ (ou laisser être).
En moyenne, nous sommes éveillé·e·s 1’000 minutes par jour. Investir deux de ces minutes pour « cadrer » notre cerveau positivement améliore la qualité des 998 autres minutes. (Source : «This Two-Minute Morning Practice Will Make Your Day Better», par Neil Pasricha)
(1) Chip et Dan Heath : « Switch : Oser le changement et en tirer profit ! », Scherz Verlag (2011), voir la critique ici.
(2) Matthias Hammer : « Micro Habits – Comment arrêter les habitudes nuisibles et en établir de bonnes », mvg verlag (2019), plus d'informations ici.